Le festival

Le festival vu par Virginie Luydlin, professeur de lettres modernes au Collège Victor Hugo à Besançon.

C’est la rentrée. Bientôt novembre. Et si l'on fuguait ?

Participer aux Petites Fugues avec une classe de collégiens ou de lycéens, c’est commencer  l’année scolaire dans un état d’esprit particulier qui s’apparente peut-être, pour certains de nos élèves, à celui de l’école buissonnière... Car ce festival, qui ne s’adresse pas à l’élève mais au lecteur, permet de rompre, le temps d’une fugue, avec les habitudes d’analyse et d’exercices dont les textes littéraires font souvent l’objet en classe. Le livre redevient ce qu’il est fondamentalement : un texte écrit par un auteur (vivant, c’est important) et destiné à être lu par des lecteurs, ses contemporains, élèves ou non, tous différents.

Les petites Fugues proposent aux élèves de faire l’expérience de la lecture en tant que pratique individuelle, intime. La découverte progressive du texte permet à chaque jeune lecteur de laisser venir impressions, hypothèses, questions… La lecture personnelle se construit, à l’écoute du livre, dans la relecture parfois, puis par le dialogue. Dans l’échange avec d’autres lecteurs, élèves, libraires, professeurs, chacun peut faire entendre sa sensibilité au texte et se nourrir de celles des autres.

La perspective de la rencontre avec l’auteur génère également réflexions et interrogations sur le travail d’écriture. Qu’il s’agisse de l’histoire, d’un personnage, du style adopté, de la construction du récit, toutes les questions qui concernent les choix de l’écrivain peuvent être abordées et pourront recevoir une réponse (ce qui n’est jamais le cas avec les écrivains morts, les élèves le déplorent souvent…).

Dans un grand élan créatif, les jeunes festivaliers préparent la venue de l’auteur : textes, journaux de lecture, expositions investissent un lieu, CDI, librairie, bibliothèque, peu importe dans ce festival nomade.

Le jour de la rencontre, l’émotion est au rendez-vous. Par le jeu des questions et des réponses on évoque le livre, son écriture et les différentes lectures qu’il a suscitées. L’auteur est parfois surpris par la connaissance du texte, la pertinence des interventions, souvent touché par l’intérêt et la sympathie manifestée par les élèves. C’est un moment fort pour tous.

Loin des grands chemins de l’analyse et du commentaire composé, le festival des Petites Fugues offre une autre approche de la littérature, réjouissante et vivante, fondée tout simplement sur le plaisir de lire et d’échanger. Pour certains élèves, peu enclins à la lecture ou en difficulté scolaire, cette démarche permet de se découvrir et se reconnaître en tant que lecteur. On le voit, les Petites Fugues font souffler sur une classe, dans les têtes, un vent libérateur, très agréable et fertile, bien au-delà de juin.

 

Virginie Luydlin, professeur de lettres modernes.