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Géraldine Faivre

Membre de l'équipe du festival depuis 2000

L’art de la fougue et du pas de côté : tant de souvenirs à égrener

Depuis 2001, un an après mon arrivée au CRL Franche-Comté, chaque année, je me plonge dans le festival Les Petites Fugues : programmer, préparer, puis, le temps venu, accueillir les auteurs. S'amorce alors une sorte de virage, vaste courbe, de temps et de nuit.

Au commencement, il y a cette idée, emmener la littérature et les auteurs partout. Prendre la route, accompagner, rassurer, mais aussi se repérer, avec une simple carte routière et quelques indications données par les lieux, de jour comme de nuit. Ce sont ainsi mes premiers pas, timides, parfois hésitants, avec cet objectif parfois ardu, qui est de convaincre les lieux de s’immerger dans la littérature et d’oser ce pas de côté.

Mais avant cela, il faut construire, pas à pas, avec chaque partenaire, écouter, sentir une émotion ou une envie, conseiller avec bienveillance et guider, parfois vers l’inconnu, l’inattendu. Les Petites Fugues, quinze jours pleins, l’aboutissement d’une longue préparation, minutieuse. La tension monte.

20 ans plus tard me voilà avec des images pleines de rencontres, de textes, de bois mouillés et de premières neiges, de routes sinueuses, de matins brumeux, de sapins, de grands sourires et de yeux qui pétillent. Des centaines de kilomètres parcourus, l’hospitalité des hôtes comme un fil continu, des repas en compagnie de bénévoles, la soupe chaude, les chambres d’hôtes parfois sans hôtes. Dehors la nuit noire, comme dans l’enfance, le cri d’un hibou invisible, une fontaine éteinte pour l’hiver et dedans, une salle communale avec son poêle. Puis à nouveau la route, les phares qui éblouissent, les discussions teintées de fatigue, dans la chaleur de l’habitacle du véhicule. Nous roulons.

Des acteurs fabuleux qui font naître l’émotion par la voix. La voix encore, parfois cassée et les cervicales nouées : vite, réparer, appeler un ostéopathe, la lecture a lieu dans une heure ! Mais nous sommes un dimanche. Le temps se disloque, s’étire jusqu’à nous perdre.

Des chaussettes achetées à la hâte, au Bricomarché de Maîche pour habiller les pneus de la voiture alors que la neige tombe à gros flocons.

00h04, SMS de David : « Salut Géraldine, bien rentré, soirée incroyable, à demain ».

Une overdose de fromage et de charcuterie pendant deux semaines, de la viande de chasse baignant dans la sauce froide, ce soir-là, le four est en panne. Nous mangeons dans le silence, ou presque.

Un fou rire mémorable partagé avec Julie, face à la grande roue illuminée, prête à accueillir les festivités de décembre place de la Révolution, tandis que se déroule la clôture, réunissant tous les auteurs, dans l’ambiance feutrée du musée.

Un bouquet de fleurs inattendu m’est livré au bureau, invitant la beauté, réchauffant le cœur, un 17 novembre.

Jamais je n’aurais pensé que ces sacrées Petites Fugues seraient aussi grandes.