Les Petites Fugues 2022

L'invitée

Le festival vu par Nathalie Kuperman, venue en 2021

Le nom fait saliver : Les Petites Fugues. On imagine, on rêve, on a tous envie de fuguer. C’était mon désir en tout cas.

Oui mais fuguer dans l’Est au mois de novembre… Des images s’imposent. Le froid, la pluie, et pourquoi pas la neige. Mais aussi des rencontres, avec des « scolaires » (j’entends toujours « solaires » quand il s’agit d’enfants), avec les habitants de l’association Les Invités au Festin à Besançon (qui sont-ils ?), des lecteurs dans une librairie à Gray et dans une médiathèque intercommunale des Hauts du Val-de-Saône à Jussey, des étudiants de l’Institut supérieur du professorat et de l’éducation… Je reçois mon programme et me demande si je vais être capable de répondre à la demande. Mais je dis oui. On y va !

Juste ça, le jour J : l’accueil comme si vous étiez la reine d’Angleterre. On me dépose dans un hôtel luxueux et je rejoins d’autres auteurs pour dîner dans un bon restaurant. Je suis sensible à cette attention qui présage le meilleur.

Le meilleur, c’est la façon dont les élèves ont préparé la rencontre avec « l’écrivain(e) ». Ils ont lu les livres, ils posent des questions, et leur enseignant les a amenés à s’interroger sur le fond (aucune demande au sujet de mon mariage ou de mon salaire : merci les profs !)

Le meilleur, c’est les trajets en voitures. Je me disais avant de venir : je déteste la voiture et je n’aime pas faire la conversation. C’est pourtant ce que je retiens de ces journées, en dehors des rencontres, la voiture et les discussions. J’ai adoré deviser avec Nicolas (qui m’a emmenée boire un chocolat chaud (très épais, délicieux !) dans un bar incroyable à Montbéliard avant une rencontre), parler politique et écologie avec David qui m’emmenait à la médiathèque de Jussey, rire avec Nathalie, ne pas rater mon train retour avec Corinne, prévoyante et adorable…

Mais surtout… Une rencontre dans un endroit très beau, un cloître, un lieu où résident des personnes qui ne peuvent pas vivre indépendamment dans la ville parce qu’ils souffrent d’un mal étrange. « Ce n’est pas un lieu de soin, mais un lieu qui soigne la vie. » Ainsi se présente l’association Les Invités au Festin à Besançon sur leur site. C’est pour rencontrer « les invités » que je viens parler de mon livre où la folie d’une mère tisse sa toile autour de sa fille.

Je peux bien le dire : j’ai eu peur. Peur que mes mots sonnent faux, peur d’un possible rejet (« qui est-elle, elle qui ne connaît rien à nous ? »), peur, bêtement, de ne pas être à la hauteur. À la hauteur de quoi ? Cette expression « être à la hauteur » n’a plus eu aucun sens à partir du moment où les questions ont fusé, où la discussion s’est amorcée, où même ceux — et ils étaient nombreux, qui n’avaient pas lu le livre, participaient en racontant une histoire qui avait un lien avec le sujet : l’importance d’être aimé, ou pas, par un parent. Je suis repartie avec le sentiment que le temps passe toujours trop vite, mais là, c’était vraiment trop trop trop rapide. J’avais été invitée chez les invités, ils m’ont offert des gâteaux et des jus de fruits, on bavardait, mais il fallait que je me sauve. On m’attend, ai-je dit, et je repense à ces mots, « je me sauve », et je regrette de les avoir prononcés.

Merci à Géraldine, d’avoir pris au sérieux mon angoisse de me retrouver toute seule une nuit entière au château de Rigny, 70, rue des époux Blanchot. Rien que le nom de la rue fait frissonner (Maurice Blanchot en fantôme venant chatouiller les pieds des écrivains pendant leur sommeil). J’ai finalement eu droit à une chambre rassurante et confortable au rez-de-chaussée. Un endroit exceptionnel, ai-je pensé le lendemain en découvrant le domaine.

Une semaine exceptionnelle, me dis-je aujourd’hui, des mois plus tard, me remémorant ce séjour tellement riche d’échanges avec tous ceux qui participaient aux rencontres, et avec les organisateurs, les bénévoles.

Je vous remercie de vous. (Cette dernière phrase, je la pique à Barbara.)