Les Petites Fugues 2019

« Un enchaînement des voix comme en musique »

Le festival vu par Valérie Zenatti, venue en 2018

Valérie Zenatti est née à Nice. Elle est l'autrice de nombreux livres, notamment pour la jeunesse à l'Ecole des Loisirs. Ses derniers livres, Jacob, Jacob (2014), prix du Livre Inter 2015, et Dans le faisceau des vivants (2019) sont parus aux éditions de l'Olivier.

Oh oui, une fugue, et même plusieurs, un enchaînement des voix comme en musique, chaque note entraîne la suivante, élan, liberté, découvertes sautillant d’une octave à l’autre - on m’a proposé de participer aux Petites Fugues et j’ai entendu ces promesses, l’attente est déjà une joie, on ignore le contenu du cadeau mais on perçoit qu’il nous comblera, et puis un matin on se retrouve au lycée de Dole, et les élèves se transforment sous mes yeux en libraires, lecteurs, et dans le bouquet final de ces saynètes les personnages de mes romans me demandent des comptes, je n’ai pas toutes les réponses, je reste délicieusement interdite, oui, les personnages échappent à leurs auteurs, un poncif peut être vrai et puis après tout, si quelque chose que j’ai créé m’échappe aux Petites Fugues, on reste dans une certaine logique, non ?

On est là pour ça, filer au collège Victor Hugo de Besançon, être interviewée par des collégiens avec autant de pertinence, de profondeur (et plus parfois !) que par un journaliste chevronné, je découvre la mise en musique des textes lus, et m’endors en y repensant, il faut se coucher tôt, la route sera longue demain jusqu’à la Bibliothèque associative de Fontaine-lès-Luxeuil, et puis on parle d’un mouvement qui commence à soulever les campagnes, on les appelle les Gilets jaunes, ils bloquent parfois les routes dit-on, ils font leur apparition avec les premiers flocons de neige que je prends en photo, même si c’est assez stupide de chercher à figer des flocons, ce qui est beau, c’est la façon qu’ils ont de se précipiter sur nous en rafales justement, mais retenir ce que je vois et j’entends reste une obsession.

Dans cette bibliothèque, et plus tard dans celle de Saint-Vit, et encore dans celle de l’hôpital de Besançon, on me posera des questions qui me bouleverseront pour ce qu’elles révéleront de sensibilité et de compréhension au-delà des mots, et je croiserai des lecteurs qui mettent les pieds à la bibliothèque pour la première fois, parce que quelque chose dans le résumé d’un livre les a appelés, ils auront accepté comme moi de se laisser surprendre par ce qui advient dans une rencontre. Il est déjà tard, gelée et pleine de gratitude, je longe le musée des Beaux-Arts rénové dans lequel je n’ai pas eu le temps de mettre les pieds, ce n’est pas grave, si un jour il me prend l’envie de fuguer, c’est à Besançon que je reviendrai.